Bistro-Disko

Tricotin 2, c’est pas du cinéma

Ça faisait longtemps que j’entendais parler d’une cantine asiatique dans le sud de Paris, où l’on mange bien et pas cher. Quand j’ai demandé à mon pote Joseph qui cumule plus d’une centaine de petites adresses sur l’appli mapstr et le double à tester,  il a tout de suite voulu m’emmener chez Tricotin. Arrivés à la Porte de Choisy (dans le quartier chinois du 13ème arrondissement, naturellement) il me fait un peu l’histoire de ce restaurant, véritable institution tenue par la même famille depuis toujours, travaillant sans relâche 7/7 de 9h à 23h, et qui selon la légende urbaine n’a fermé boutique qu’une seule fois pour des travaux. C’est la cantine populaire où viennent manger les habitués du quartier. Le premier restaurant est spécialisé dans les grillades et grâce à son succès, la famille a ouvert juste en face un numéro 2. C’est là qu’on mange ce soir. 

On nous place vite sans « bonjour », ce qui peut expliquer quelques mauvais avis aperçus sur les internets. En fait, ce n’est pas un restau à touristes et les gérants n’en ont rien à cirer de cette tendance contemporaine qui consiste à tout évaluer par la notation. Ils ne cèdent pas à ce chantage au bon service permis par les TripAdvisor, Yelp et autres, un comportement toxique moqué dans un brillant épisode de South Park. Entre Trump et les trottinettes électriques, quel mal moderne n’ont-ils pas encore évoqué ?

 Deux pages de la grande carte de Tricotin 2 : les vapeurs et les soupes

En tout cas le service est rapide et ça tombe bien car nous allons au cinéma après. Commence l’hésitation devant la carte gargantuesque, étalant sur plusieurs pages une pléthore de plats chinois, vietnamiens, cambodgiens ou thaïlandais. Où donner de la tête ? Je me raccroche au classique phô et pour être bien sûr de ne pas faire de jaloux parmi les aliments, je choisis le porc, les crevettes et les abats avec même un supplément de deux raviolis vapeur aux crevettes. Justement sur la page des entrées vapeur, un calamar à la sauce haricot noir me fait de l’œil. Ce sera donc un 1 et un 114 s’il-vous-plaît. Juste le temps de débattre autour de la soja sucrée ou salée — n’en déplaise aux sushiphiles, elle est salée ici — nous sommes servis. 

Phô de vermicelles de riz au porc, abats et crevettes avec supplément raviolis crevettes, du vinaigre noir de riz Narcissus et bien sûr de la purée de piments.

Ma soupe étant brûlante, je commence par découvrir le panier vapeur pour attaquer mes petits calamars. La sauce au haricot noir leur donne un aspect plutôt rose, dû à la couleur de la chair. La cuisson est parfaite, le calamar est tendre et vraiment gourmand. Cette petite entrée est hautement addictive et quand commence l’accoutumance je me redirige vers mon phô. La vue d’une montagne de coriandre est une de ces choses de la vie qui ont la capacité de ravir mon cœur au plus haut point. Cependant, ce bol est si grand que je ne tombe pas sur la douce feuille à chaque cuillerée, mais la redécouvre toutes les trois minutes, ayant le temps de l’oublier dans ces intervalles, à la manière d’un crescendo qui ne monte pas sans cesse mais nécessite des instants de calme pour pouvoir repartir de plus belle, par contraste.

                                 

Les jolis calamars vapeur à la sauce haricot noir, tendres et gourmands

Parmi les plats de mes amis, je goûte le banh cuon (ravioli vapeur de pâte de riz aux champignons), plat typique vietnamien parfaitement maitrisé. D’ailleurs ici, les raviolis n’ont rien à voir avec ceux que l’on peut acheter chez Tang Frères ou Paris Store — qui me sont pourtant si familiers depuis ma tendre enfance. Ils sont bien meilleurs, plus copieux et donnent à la soupe un argument de taille. Je me laisse porter vers le poulet curry de ma copine, choix que je jugeai trop sobre au vu du nombre de plats originaux disponibles à la carte. Mais le poulet est si tendre, et la sauce curry-coco si douce que j’en oublie vite mes préjugés. Je finis mes plats jusqu’à la dernière miette et l’on commande le traditionnel saké avant de partir, histoire d’apprécier ces petites images érotiques désuètes au fond des verres pleins.

 Le banh cuon accompagné de sauce aigre-douce, oignons frits et encore l’indispensable purée de piments

Je retournerais volontiers dans cette excellente cantine, qui me rappelle le Bouillon Pigalle pour sa carte traditionnelle, ses prix corrects, son service rapide et son esprit convivial, bruyant. Je ne regarderai plus les avis trompeurs et me laisserai guider par les vrais connaisseurs afin de découvrir d’autres lieux de cette trempe. Tricotin 2 ce n’est pas du cinéma, malgré ce nom presque hollywoodien. Et croyez-moi, ça valait bien la peine de louper le début du film.

Infos pratiques: 

Tricotin 2, 15 avenue de Choisy 75013 Paris.

Illustration: Emma Jurado 

Auteur : Julian le Tutour

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