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Tutto Ponti : tuto sur Giò Ponti, architecte tout-terrain.

Jusqu’au 10 février prochain, le Musée des Arts Décoratifs (MAD) de Paris rend hommage à Giò Ponti, architecte italien du vingtième siècle. L’exposition nous donne à voir la polyvalence de Ponti, de ses créations d’orfèvrerie à ses décorations d’intérieur en passant par ses constructions majeures comme la tour Pirelli à Milan. Le fondateur de la revue Domus s’efforça de rendre le design et l’architecture accessibles au plus grand nombre durant sa longue carrière, de 1921 à 1978.

Une scénographie grandiose

         L’exposition, chronologique, nous plonge d’abord dans les débuts de l’architecte italien. Né en 1891, il monte en 1921 son cabinet d’architecture, après avoir été diplômé de l’Ecole Polytechnique de Milan.

Il est rapidement nommé directeur artistique d’une manufacture de porcelaine et collabore quelques années plus tard avec les maisons Christofle et Venini. Tout en modernisant et augmentant les productions de ces maisons, Ponti ne se prend jamais au sérieux : en témoigne un récipient qu’il qualifie de « boîte à bijoux ou salière », laissant à chacun en faire l’usage qu’il souhaite.

         Après avoir quitté cette première pièce, où seules ses créations sont mises en valeur dans l’obscurité générale, le visiteur entre dans la nef du musée, là où se trouve le coeur de l’exposition. On déambule entre différentes ambiances architecturales créées par Ponti. De grandes photographies de ses réalisations s’élèvent sur quelques mètres de hauteur, investissant parfaitement l’espace offert par la nef.

         On découvre la maison où Ponti habita avec sa famille, ses croquis d’architecture de bateaux de croisières, ou ses dessins du Centre Pompidou, dont il fut candidat à la construction, avant que Renzo Piano et Richard Rogers ne remportent l’appel d’offres.

Mention spéciale pour la 3ème partie de l’exposition, sorte de long couloir au long duquel on peut observer plusieurs ambiances, plusieurs pièces extraites d’édifices imaginés par Ponti.

Je retiendrai entre autre la Villa Bouilhet, « L’ange volant » à Garches. Construite par Ponti en 1928 pour le directeur de Christofle Tony Bouilhet, l’architecte la nomme ainsi en référence à Carla Borletti, épouse de Bouilhet mais aussi nièce par alliance du designer. Une sorte de pureté, de légèreté semble émaner de cette maison du bonheur. Une légèreté que l’on retrouve dans la plupart de ces pièces, auxquelles Ponti donne couleur et lumière. Une sorte de dolce vita transposée à l’aménagement intérieur.

 

La Villa Bouilhet, « L’ange volant », à Garches.

En 1928 également, Ponti fonde Domus, revue encore aujourd’hui majeure de l’architecture et du design, preuve supplémentaire de la volonté de l’architecte de démocratiser ces arts.

Un créateur à l’âge d’or du design

         Même si Ponti était déjà prolifique avant la seconde guerre mondiale, c’est réellement au sortir du conflit, lorsque les espaces et les manières de vivre se sont réinventés, qu’il s’est fait connaître. Inaugurant un « âge d’or » du design, lui comme beaucoup d’autres architectes-designers étaient à même de conceptualiser l’entièreté d’une maison, de ses premières fondations jusqu’à la moindre petite cuillère à café. Les années 1950 consacrent Ponti comme un architecte de renommée internationale, et les commandes privées s’enchaînent pour lui. Deux de ses constructions majeures sortent alors de terre : la Villa Planchart à Caracas et la tour Pirelli à Milan.

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La villa Planchart, Caracas                                                                                        La tour Pirelli, Milan

         L’exposition nous en apprend davantage sur la vision globale de l’architecte ; selon lui, une ville comme Milan n’a pas de beauté « naturelle » : pas de fleuves, de montagnes ou de mer. C’est ainsi aux architectes de créer la beauté de la ville, ce à quoi Ponti s’est attelé en réalisant de nombreuses constructions dans la ville lombarde.

Sa vision de la maison « à l’italienne » est tout aussi primordiale : il accorde une haute importance à la versatilité de l’intérieur, qui doit se renouveler sans cesse. Pas étonnant de ce fait, de retrouver dans ses réalisations de grands espaces ouverts, des meubles à roulettes ou des portes coulissantes.

« Les parois, concevez-les comme des surfaces détachées, qui limitent des espaces mais ne ferment pas des volumes ».

Versatilité et adaptabilité donc, mais surtout simplicité : ses réalisations ne s’encombrent jamais de détails superflus, et sa recherche du parfait équilibre entre praticité et esthétisme se remarque tout au long de l’exposition.

« Revenons à des chaises-chaises, des maisons-maisons, des objets sans étiquette, sans adjectif, des choses comme il faut, vraies, naturelles, simples et spontanées »

En somme, « Tutto Ponti » est une superbe exposition, qui rend parfaitement compte de l’abondante production du designer. L’espace de la nef est subtilement investi et l’exposition m’a donné envie d’en savoir beaucoup plus sur l’architecture et le design des années 1950. Seul regret : le vigile qui m’a gentiment demandé de finir rapidement ma lente et attentive visite, soutenant que le musée allait fermer. J’ai donc dû marcher au pas de charge pour tout voir. Un peu frustrant ! Voilà une bonne excuse pour y retourner, non ?

Informations pratiques :

Jusqu’au 10 février 2019

Musée des Arts Decoratifs – Nef

107, rue de Rivoli

75001 Paris

Prévoir au moins 1h15 pour parcourir cette exposition.

Le musée ouvre du mardi au dimanche à 11h, avec une nocturne jusqu’à

20h45

ATTENTION : Les autres jours, le musée ferme relativement tôt : les caisses

ferment à 17h15 et les salles sont évacuées vers 17h30.

Metro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries

Bus : 21,27,39,48,68,69,72,81,95

Tarifs : 11€ plein tarif, 8,50€ en tarif réduit étudiant.

Crédits photos :

Madparis.fr

LeMonde.fr

 

Clément Doquin de Saint Preux

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