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Une étude de politique culturelle

 

         Récemment, j’ai entendu parler des Fab’lab, des lieux publics mis à la disposition de tous et favorisant la création. Là-bas, de nombreux outils sont prêtés afin de permettre à des entrepreneurs ou créateurs de fabriquer des objets plus facilement. Il s’agit d’un véritable espace d’inventivité où la notion de communauté est primordiale.

Cette découverte m’a donné envie d’en apprendre davantage sur ces Fab’lab, ou plutôt sur leur rapport avec les politiques lancées par le Ministère de la Culture. En explorant les ressources du Ministère, j’ai alors pris connaissance des Micro-Folies. Je vous propose donc de zoomer sur ces dernières, qui permettent si bien de comprendre comment les politiques culturelles sont financées et mises en place en France.

 

Qu’est ce que les Micro-Folies ? 

         La Micro-Folie est un équipement culturel et numérique, conçu par Didier Fusillier. Inspiré du concept architectural des Folies du Parc de la Villette à Paris, le programme des Micro-Folies est un dispositif de politique culturelle porté par le ministère de la Culture depuis 2018, et coordonné par l’Établissement public du Parc et de  la grande Halle de la Villette (EPPGHV) 

         Mais qu’est ce qu’une Micro-Folie ? C’est un dispositif de musée numérique. Il numérise les chefs d’œuvres des collections de grands musées nationaux tels que le Louvre, en très haute définition. Grâce aux technologies 3D et à certains dispositifs de réalité virtuelle, le visiteur se trouve en totale immersion dans des lieux tels que le Château de Versailles. D’autres établissements culturels nationaux fondateurs sont en collaboration avec ces musées numériques, tels que Le Centre Pompidou, la Philharmonie de Paris ou encore le  Festival d’Avignon. Ils sont au nombre de douze. Plusieurs modules complémentaires au musée peuvent le compléter, comme par  exemple un Fab’lab, un espace de Réalité Virtuelle, une bibliothèque ou encore une scène. Chaque Micro-Folie adapte ses modules complémentaires à son projet, sa population et la demande de culture sur place.  

 

Où s’implantent les Micro-Folies ?  

         Une Micro-Folie peut-être implantée partout, dans n’importe quel lieu de service public relié à un opérateur  culturel ou un espace construit pour accueillir la Micro-Folie. Les médiateurs culturels sont très importants  lors de visites, c’est pourquoi les Micro-Folies s’installent de préférence dans des lieux culturels tels que des salles de  spectacles ou de cinéma. Avec l’Open Data, le réseau des Micro-Folies est accessible partout et pour tous. Ce projet a donc pour vocation de rayonner à l’échelle nationale comme locale. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur par exemple, plusieurs projets de Micro-Folies ont été lancés. À Saint-Raphaël la première Micro-Folie est inaugurée en 2018. Son musée numérique a d’ailleurs été complété par un « Créa’Lab » disposant d’imprimantes 3D, et de plusieurs outils de fabrication. À Marseille, une extension de 300m2 du musée « La Fabulerie » est  prévue d’ici 2021 afin d’accueillir un Fab’lab dans le cadre des Micro-Folies. Chaque Micro-Folie est  conçue de manière modulaire pour s’adapter à la diversité des lieux dans lesquels elle s’implante. Les  Micro-Folies sont destinées à être des lieux de vie, proposant de grands espaces de création et de diffusion,  d’échanges et de rencontres. À ce jour, une trentaine de Micro-Folies ont été ouvertes et les autres  sélectionnées dans le cadre du premier déploiement de 200 Micro-Folies sont en cours de lancement. Des  Micro-Folies ont également été déployées à l’international pour diffuser la culture française, promouvoir la  francophonie et favoriser le dialogue entre les cultures, comme celles à Rangoun en Birmanie, à Izmir en  Turquie, à Sibiu en Roumanie, à Lima au Pérou et enfin à Québec, au sein du Musée des civilisations.  

 

Qui est en charge de l’organisation des Micro-Folies ?  

          Pour l’organisation et le management des Micro-Folies, La Villette se met en relation avec la DRAC qui  assurera ensuite l’accompagnement territorial. Forte de son expertise et de sa connaissance du terrain, la  DRAC peut mieux porter les structures et projets des Micro-Folies. La numérisation des collections  régionales s’appuie sur la DRAC via le Plan de Numérisation et de Valorisation des contenus culturels. La  DRAC est donc un acteur central de la mise en place de ces Micro-Folies puisqu’elle travaille de concert  avec la structure culturelle pour proposer des projets et programmes cohérents avec les besoins de la région. De plus, grâce à cette connaissance du terrain, elle est en mesure de faire d’une Micro-Folie un  lieu vivant, d’échange et d’innovation.  

 

Comment sont financées les Micro-Folies ?

         La création d’une Micro-Folie et sa mise en place technique sont assurées par l’Etablissement Public des  Grandes Halles de la Villette ( EPGHV ). En effet, le Ministère de la Culture a confié à la Villette la mission  d’accompagner le déploiement des Micro-Folies sur le territoire national en ciblant les territoires à enjeux.  Les Micro-Folies se développent aussi à l’international, notamment à travers les Instituts Français et les  Alliances Françaises. Il faut financer l’investissement dans l’équipement et les modules accompagnant le  musée numérique ainsi que les personnes en charge de la médiation et de l’animation du lieu. Le coût  minimum d’une Micro-Folie est de 40 000 € et varie selon les projets, modules complémentaires et activités  proposés dans une Micro-Folie. Leur financement est soutenu par le Ministère de la  Culture quand il s’agit de numérisation, sous condition de présentation de projet à l’EPGHV. Le ministère  de la Culture prend en charge le coût d’adhésion au réseau des Micro-Folies, lequel est de 15 000€. À ce  financement s’ajoute, selon les communes, une aide financée par la Cohésion des Territoires et des  Relations avec les collectivités territoriales. Si l’on croise ces financements, une Micro-Folie peut être  financée jusqu’à 50 000€. Pour l’Etat, l’objectif en 2020 était d’atteindre un budget global de 3 millions  d’euros.  

 

En quoi le projet des Micro-Folies est une politique culturelle ?  

         Les Micro-Folies sont des portes d’entrée vers le développement de nouveaux lieux culturels tels que les  Fab’lab ou les Cafés citoyens. Ces lieux intermédiaires drainent un public qui pourrait ne pas être attiré par  le musée numérique. Les Micro-Folies sont donc actrices d’une transformation des pratiques culturelles et  de la création de nouvelles. Une Micro-Folie est un véritable outil d’action culturelle. Grâce à ces  structures, les publics bénéficient d’un accompagnement dans leur rapport à l’art et construisent leur  parcours culturel par la curiosité. De plus, ce qui d’habitude freinait la consommation de culture à savoir  des freins psychologiques, sociaux et économiques, s’atténue par le biais du numérique, mais aussi  grâce à la localisation des Micro-Folies. En effet, les Micro-Folies construisent une culture commune et  proche du public. Elles sont des espaces de « démocratie culturelle », puisqu’elles permettent d’accéder à la culture, d’interagir avec elle. Les lieux comme les Fab’lab sont aussi des lieux de rencontres. À la différence  d’autres lieux de cultures tels que les musées où le public reste contemplatif, les Micro-Folies sont des lieux  d’interactions.  

 

Quels sont les objectifs attribués aux Micro-Folies ?  

         L’Etat connaissant le potentiel culturel de ces infrastructures, les Micro-Folies ont vocation à être plus  répandues et plus subventionnées. En 2018, le ministère de la Culture avait initié le déploiement de 200  Micro-Folies, en ciblant les territoires culturels prioritaires que sont les régions les moins bien dotées en  équipements culturels. Aujourd’hui ces 200 Micro-Folies sont ouvertes ou en cours d’ouverture. Le  ministère de la Culture a annoncé une extension des Micro-Folies d’ici 2022 sur le territoire hexagonal et  ultramarin. Aussi, face à la baisse de fréquentation des musées, il convient pour l’Etat d’apporter dans les  musées des activités plus collaboratives avec les Micro-Folies. Elles favorisent le lien social, l’inclusion et  aident à la « démocratisation » de l’accès aux œuvres et à la connaissance. De plus, l’Etat se fixe pour  objectif de réduire les inégalités géographiques en offrant aux habitants un accès aux œuvres des plus  grandes institutions culturelles régionales, nationales et internationales grâce au musée numérique des  Micro-Folies. Grâce à leurs modules complémentaires, elles créent un lieu de vie convivial, accessible à tous  et qui anime le territoire. Grâce à la coopérative artistique du réseau Micro-Folies, les moyens et  ressources se mutualisent pour soutenir les artistes et les associations locales. Les Micro-Folies ont vocation  à devenir un point d’appui pour les institutions soutenues par le ministère de la Culture comme les labels,  les réseaux et écoles. Les collections ont également vocation à être enrichies en permanence par les collections régionales ou internationales, elles rassemblent aujourd’hui plus de 1000 œuvres. Finalement, le  budget global d’accompagnement des Micro-Folies prévu pour 2020 devait s’élever à 3 millions d’euros pour  2020, mais nous verrons qu’il en a été tout autrement.  

         Le ministère de la Culture s’est énormément investi dans ce projet depuis les premières Micro-Folies en 2017, mais reste encore à savoir si ces investissements se sont concrétisés ou s’ils sont restés au stage de promesse…

 

La limite des promesses de financements de l’Etat

         J’ai mentionné plus haut le projet d’investissement de 3 millions d’euros pour le financement des Micro-Folies  pour l’année 2020. Compte tenu de la volonté d’accélérer le déploiement sans pour autant ré-évaluer le  montant des crédits, le soutien de l’Etat à la création de nouvelles Micro-Folies semble difficile. Selon un  rapport législatif du 18 décembre 2020, l’Etat a baissé de 5 millions d’euros les crédits destinés à corriger les  déséquilibres territoriaux et sociaux dans l’accès à la culture. Cette décision est donc incohérente avec la  promesse de hausse des financements prévue pour l’année 2020. Cela ne fait pas non plus sens avec l’ambition de  favoriser l’égal accès de tous aux arts et à la culture.  

 

Le financement : une charge incombée aux communes

          Faute de moyens mis à disposition, nous pouvons craindre que le dispositif des Micros-Folies soit davantage  adapté aux espaces urbains, puisqu’ils sont situés dans la zone d’influence d’une métropole. Ils laisseraient  alors de côté les communes rurales qui sont pourtant les plus en besoin de démocratisation culturelle. Parce qu’en théorie l’essentiel du financement devrait reposer sur les collectivités territoriales, cela est justifié par le fait qu’il ne s’agit pas de l’implantation de grandes institutions nationales dans les territoires. A Lens,  par exemple, « seuls les consommables, comme le matériel pour l’imprimante 3D, font l’objet d’une  tarification », a indiqué Naceira Vincent, élue à la jeunesse, l’enseignement supérieur et les technologies, en  charge du dossier « Micro-Folie ». Pour le démarrage du lieu, l’aide de l’Etat assure 80% des 90 000 euros nécessaires pour cette première année. A Sevran, ville soutenue au titre de la politique de la ville, 450 000  euros sont nécessaires (salaires des dix agents compris) pour faire tourner la Micro-Folie, ouverte en 2017. C’est une «  somme qui comprend environ 100 000 euros pour la programmation et la fourniture des équipements au  quotidien », a détaillé le directeur Phaudel Khebchi. Mais les dotations comme celles de soutien à  l’investissement local ou à la politique de la ville ne sont pas faciles à mobiliser. 

         Cela laisse penser que ce sont définitivement les communes qui devront ensuite prendre à charge les coûts  de mise en place et de mise en fonctionnement des Micro-Folies. La question est d’autant plus délicate que  le ministère de la Culture, en plus de laisser le financement aux communes, recommande la gratuité de  l’entrée au Micro-Folies.  

 

Une remise en cause du principe des Micro-Folies 

         Ce projet pose donc des questions en termes de démocratisation culturelle et du rapport à l’œuvre originale.  On se demande à quel public sont destinés ces lieux, et s’ils sont réellement des leviers de cohésion sociale  comme le défend le ministère de la Culture. Le numérique a pris une place croissante dans nos quotidiens  mais l’accès à la culture ne peut pas se résumer à cette dimension. Pour que le projet des Micro-Folies  prenne vraiment du sens, il faut à tout prix qu’il offre une médiation avec des artistes régulièrement invités à  se produire ou à présenter leur travail. De plus, il y a de moyens simples et beaucoup plus économiques de  les diffuser au public tels que la télévision et l’internet. 

         Actuellement, des programmes télévisés sans aucun intérêt culturel sont diffusés en grande quantité, alors  que le ministère de la Culture est aussi chargé de l’audiovisuel. Les Micro-Folies sont privilégiées, alors  qu’il s’agit de dispositifs très coûteux et qui sont en concurrence avec de vrais lieux de la culture que sont  les musées et les lieux historiques. Une politique culturelle doit-elle donc nécessairement se résumer à la création de nouveaux lieux ? 

 

 

Rédaction : Eléa Donnadieu

Sources :
Site du Ministère de la Culture, DRAC PACA, article « Les Micro-Folies, ces “lieux de vie culturels pour tous ».
Site internet de La Villette, article « Micro-Folie. Plateforme au service des territoires » présentant le projet.
Site Beaux Art, Les Micro-Folies ou la démocratisation culturelle à l’œuvre Maïlys Celeux-Lanval • le 19 février 2019
France Culture, Les “Folies” d’Emmanuel Macron : 1000 Micro-Folies en France, la nouvelle politique culturelle du quinquennat à  50minutes44, publié le 02/02/2020. 

Crédit photo : Ville de Lille

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