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URBAN EXPLORATION : UNE PLONGÉE DANS L’INTIMITÉ DE L’HISTOIRE

Urbex : Popularisé dans les années 90 par le Canadien Jeff Chapman (alias Ninjalicious), ce terme fait référence à un hobby qui consiste à aller explorer des lieux interdits au public tels que les souterrains, les toits, ou les lieux abandonnés. Ces derniers, particulièrement en vogue, fascinent par leur dimension hors du commun et leur aura d’antan qu’ils gardent entre leurs murs. Les motivations qui regroupent les urbexers en quête d’espaces abandonnés sont diverses. La photographie, le gout de la solitude, la fascination pour l’histoire, l’excitation de l’interdit, sont autant de raisons qui poussent les explorateurs urbains à partir à la conquête d’un monde oublié. Jusqu’à présent, les exemples de cette activité étaient rares et peu connus, pour des raisons pratiques évidentes liées à toute activité clandestine. Grâce aux réseaux sociaux (les forums et chats dans un premier temps, puis Instagram et Facebook), cette pratique s’est démocratisée jusqu’à devenir un véritable phénomène de mode. On ne compte plus les blogs, sites ou comptes Instagram et Facebook spécialisés dans cette discipline, partageant chaque jours leurs nouvelles découvertes.

God bless the internet.

Quand les ruines se font Art

Armés de leurs appareils photos, les explorateurs urbains s’introduisent dans l’intimité même du lieu, sans mise en scène ni barrière physique. Chaque objet, chaque écriture, chaque recoin de l’espace donne un détail de plus sur les bouts de vies qui sont passées par là. Le rapport a l’Histoire est totalement laissé à l’empire des indices, ces « signes arrachés à la chose » (Pierce). Dans une société où il y a peu de place pour le dégradé, ces ruines ont tout de même réussi à toucher nos coeurs par leur dimension esthétique et à se réincarner en un art à part entière. C’est pourquoi ils attirent aussi nombreux photographes dont l’urbex n’est pas la spécialité, séduits par le charme de l’ancien.

Cependant, les novices en urbex devront se débrouiller par eux-mêmes pour accéder à ces reliques du passé. Les meilleurs endroits se méritent et demandent quelques efforts de recherche. La peur de voir ces lieux dégradés par des explorateurs mal intentionnés est aussi une préoccupation pour certains. Leur philosophie est construite autour de trois piliers : « ne rien prendre à part des photos, ne rien laisser à part des traces de pas, ne rien tuer à part le temps. ». En France, les urbexer les plus populaires sont Marie de la Roche et Raphael Lopez. Avec leurs masques de lapins, ils sillonnent l’Europe à la recherche de lieux désertés : aéroports, châteaux, orphelinats, parcs d’attractions, et même clubs échangistes, ils récoltent les clichés de nombreux bâtiments tombés en déliquescence. Leur particularité ? Agrémenter leurs photos d’histoires lugubres et fictives, pour leur donner une seconde vie.

Avant de nous lancer dans cette aventure périlleuse, nous pouvons commencer par admirer certains de leurs clichés sur leur site internet urbexsession.com

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Berlin, un musée à ciel ouvert pour les amateurs de sensations fortes

Pour les débutants, Berlin (ainsi que ses alentours) est un excellent point de départ pour ceux qui souhaitent avoir accès à un large choix de lieux atypiques, relativement faciles à atteindre. En effet, son passé (Allemagne nazie entre 1933 et 1945, construction puis chute du mur de Berlin et fin de la guerre froide en 1989) a laissé des traces tenaces dans chacun des lieux qui les ont abrités, tel un tatouage qui subsiste au renouvellement de la peau.

Lors de l’effondrement de l’Union Soviétique, nombreuses entreprises et autres bâtiments diverses ont été désertés et tombés sous la propriété de l’Etat. Faute de repreneurs, ou de moyens pour les rénover, ils sont abandonnés depuis des décennies, mais continuent de faire partie du paysage.

Selon le créateur du site abandonnedberlin.fr dans le documentaire réalisé sur ses travaux ( Abandonned Berlin – Documentary), certains bâtiments nazis sont oubliés dans l’espoir qu’ils finiront un jour par disparaitre pour toujours . Sur son site, élu l’un des meilleurs guides du monde par Theguardian en 2014, il publie régulièrement au sujet de ses découvertes, en y renseignant l’adresse, l’historique et le niveau de difficulté de chacun . Sa motivation ? « Documenter le passé, découvrir l’histoire cachée et préserver la mémoire des gloires négligées. Les bâtiments sont peut-être en ruines, vandalisés et maltraités, mais ils conservent une dignité stoïque à travers la poussière et la pourriture. Ils veulent des visiteurs ! Ils veulent partager leurs souvenirs ! », écrit-il sur son site.

Nous avons décidé de vous en livrer 4, parmi les plus insolites.

SpreePark – De l’URSS au traffic de drogues

Construit en 1969, sous le nom de Kulturpark Plänterwald, ce fut le seul parc d’attraction d’Allemagne de l’est pendant la RDA. Il a ensuite été racheté en 1991 par Norbert Witte, qui mena le parc à sa faillite. Ce dernier fut ensuite arrêté pour avoir tenté de faire entrer 180 kg de cocaïne en Allemagne (en provenance du Pérou), dissimulés dans les mâts du Tapis volant, l’une de ses attractions . Depuis 2002, ce lieu est laissé à l’abandon, mais le site internet d’époque est toujours accessible : spreepark.de

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Le kinderkrankehaus alias Le Zombie Hospital

L’histoire du Kinderkrankenhaus commence en mars 1908, date à laquelle il a été décidé de construire le premier hôpital municipal d’enfants de la Prusse pour aider à combattre la hausse des taux de mortalité infantile de l’époque. Racheté à la suite par des investisseurs qui n’ont pas donné suite à leurs projets, il tombe en ruines depuis, pour le plus grand bonheur des explorateurs urbain ainsi que de certains artistes anonymes venus envelopper de leur monde certains murs de l’hôpital.

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La musique s’est arrêtée au Ballhaus Grünau

Construit entre 1895 et 1897, le Ballhauss Grünau a connu son apogée sous la République de Weimar (1918 à 1933), pendant laquelle il a été le lieu du divertissement par excellence, regroupant plusieurs salles de bal, un restaurant, une piscine ainsi qu’une terrasse ombragée. Transformé ensuite en boite de nuit en 1980, c’est finalement la chute du mur de Berlin qui fermera les portes de cette emblématique salle de Bal. Peinant à trouver un repreneur, le lieu est totalement abandonné depuis, et se trouve aujourd’hui dans un état critique.

AbandonnedBerlin recommande une extrême prudence pour ceux qui souhaitent y effectuer une visite avant qu’il ne s’effondre sous le poids du temps.

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Doctor’s Anna’s House

Cette maison fut la propriété et le lieu de travail d’un docteur spécialisé en urologie. Les deux premiers étages lui servaient de cabinet et de salle d’opération tandis que le dernier était destiné à son espace de vie, avec une chambre et un salon. A la mort du Docteur, le lieu fut encore occupé par sa femme pendant quelques années avant d’être abandonné. Tout est laissé tel quel, des livres aux vêtements, en passant par les organes humains que le docteur aimait conserver sur ses étagères.

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Liana Babluani

 

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