Kanvas

Zorn bercé par les vagues

Les Parisiens le savent. Ils peuvent se rendre au Petit Palais, presque les yeux bandés. Gage de qualité, cet endroit magique nous fait redécouvrir des artistes incontournables, parfois oubliés, parfois ignorés, et leur rend hommage en nous dévoilant un petit bout de leur monde secret.

En 2014, le Petit Palais présentait une rétrospective consacrée à Carl Larsson. C’est maintenant au tour de la seconde figure emblématique de la peinture suédoise, Anders Zorn, de faire l’objet d’une exposition. Pour l’occasion, 150 œuvres ont été rassemblées pour retracer l’évolution de son travail. L’exposition marque le grand retour d’un habitué de la capitale française. Zorn, à la fois aquarelliste, graveur et peintre, était une figure très en vue du milieu artistique parisien. Ce provocateur de génie a su charmer la société française de l’époque.

Anders Zorn est né en 1860 dans une famille pauvre. Tel un personnage de roman d’apprentissage, ce jeune autodidacte a connu la gloire par le travail et l’acharnement. Sa formation, il la devait à l’Académie royale des arts de Stockholm. Il a quitté assez tôt sa Suède natale, qui n’a cependant pas cessé de le hanter, jusque dans ses œuvres. Mais venons-en au fait vous allez me dire ! Alors oui ! Ca vaut le coup d’y passer ! Ne serait-ce que pour découvrir un peintre étranger, inconnu au bataillon, mais aussi parce-que son œuvre est d’une diversité impressionnante.

« Anders Zorn, maître de la peinture suédoise »

Un titre accrocheur qui élève le peintre au rang des artistes phares. C’est surtout l’affiche qui capte le regard: une aquarelle lumineuse, dans les tons pastels, où le jeu sur les reflets de la mer sont captivants. À une époque où le « scandinave » est à la mode, où les tons pâles sont « tendances », où IKEA monopolise le marché de l’ameublement, ce type d’affiche ne peut que nous parler et faire écho aux représentations que nous avons du monde nordique.

Ce n’est cependant qu’à la fin de l’exposition que l’on comprend à quel point Zorn est viscéralement attaché à la Suède. Après de nombreuses salles consacrées à ses peintures marines, parisiennes ou à ses estampes, le visiteur est finalement plongé dans l’ambiance d’une maison scandinave d’époque: fenêtres géométriques faisant illusion, tons pastels, banquettes en bois. La mise en scène est faite pour mettre en valeur la Suède natale de l’artiste.

Le buisson, 1886, aquarelle d’Anders

Notre pain quotidien, 1886, Anders

Virtuose de l’eau

« Je m’enivre àmettre la vague et les clapotis en perspective, à expliquer tout cela scientifiquement avec une minutie incisive », A. Zorn

Ce qui fait de Zorn un génie c’est avant tout sa technique pour peindre l’eau. C’est avec fascination que l’on pénètre dans la salle d’exposition consacrée à cet élément liquide. Les peintures murales bleues, les projections lumineuses et un hublot mettent en valeur les glacis majestueux et magistraux peints lors de ses nombreux voyages: Algérie, Venise, Suède… Deux peintures ont en particulier retenu mon attention, Les femmes d’Alger et Le Clapotis des vagues. Parfois si semblables à des photos, le visiteur est si envoûté par le mouvement des vagues qu’il veut essayer d’en comprendre les mouvements fascinants. (Ci-dessous)

 

 

Le clapotis des vagues, aquarelle d’Anders Zorn                                     Les femmes d’Alger, aquarelle d’Anders Zorn

  

Artiste du portrait

Ce cosmopolite est aussi connu pour ses portraits à la peinture à l’huile de l’aristocratie et de la bourgeoisie parisienne. Il s’est frayé un chemin jusque dans les salons les plus en vue de la capitale. Danseuses connues et adulées, bonhommes bedonnants, jeunes enfants, duchesses, habitués des cabarets… Tout y est. Le Portrait d’Elizabeth Sherman ci-dessous m’a particulièrement marqué par sa touche de modernité dans le traitement des couleurs.

C’est également un portrait de la société qu’il esquisse… La société telle qu’elle est, dans l’ombre et la lumière, dans la splendeur et la misère. Son tableau L’omnibus, magnifique par ses contrastes de luminosité, a suscité de nombreuses polémiques. On a reproché à Zorn de prendre pour modèles, des objets trop triviaux. L’artiste a parfois choqué. Il a été un « provocateur » renversant les normes morales et sociales de l’époque. Son estampe La Vénus de la Villette jugée contraire aux bonnes mœurs, a même été retirée de l’exposition de 1893.

 

 

Portrait d’Elizabeth Sherman, 1900, huile sur toile, A.Zorn                                              L’omnibus, 1893, huile sur toile, A.Zorn

Venus de la Villette, 1893, estampe

Le rêveur

La dernière salle de l’exposition semble faire une synthèse de tout l’art d’Anders Zorn. En effet, on y trouve rassemblées toutes les dernières peintures de sa vie ainsi que les photographies qui ont nourri son inspiration. Fasciné par le corps féminin, Zorn s’est attaché à le capter et à le sublimer. Vous l’avez compris, cette salle est consacrée aux nus. Mais au-delà de cette nudité, il faut voir un condensé de toute la carrière du peintre aquarelliste. Ces corps de femme, il les représente au bord de l’eau. Rivières et mares deviennent ses éléments de prédilection. On retrouve dans ces peintures, les reflets énigmatiques qui on fait connaître le peintre, les glacis verts qui lui viennent de sa chère Suède, et le nus, le corps, sans parure, qui rappelle les peintures de la vie, de l’Homme tout simplement. Ces dernières œuvres consacrent le sommet de sa carrière et de sa vie, de véritables étincelles.

 

Reflets, 1889, huile sur toile. A. Zorn

Donc, si vous aimez la peinture, IKEA et les belles œuvres, n’attendez pas, vous n’avez plus qu’au 17 Décembre pour vous y rendre ! C’est la porte à côté ! Que d’éloges oui… Mais au pire, si vous êtes un fan d’art contemporain, essayez de vous imaginer que pour l’époque Zorn était « moderne » ! Sinon, vous pourrez toujours vous ressourcer avec un bon café dans les jardins du Palais…
Mais pourquoi donc est-ce qu’on en a jamais entendu parler avant ?

Adelaïde Storez

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *